[Publié à l’origine sur Parole sul Confine]
Nous recevons et publions le sixième rapport sur la frontière à Vintimille. Un suivi des activités de la Police des frontières française et de divers organismes étatiques, dont l’armée italienne, dans la partie la plus méridionale de la frontière franco-italienne à l’automne 2025. La période d’observation va de début septembre 2025 à novembre 2025.
Pour lire les rapports précédents sur la surveillance aux frontières (en italien ou anglais) :
rapport avril-juin 2025
rapport mars-avril 2025
rapport février-mars 2025
rapport novembre-janvier 2025
rapport octobre-novembre 2024
Cette petite chronologie des multiples violences produites par les mécanismes frontaliers et ses agents de la frontière intra-européenne entre la France et l’Italie en mer Méditerranée est un récit incomplet et situé. Il décrit la situation du point de vue d’observateurices (souvent blanc.hes) ayant des citoyennetés européennes et laisse ainsi de côté les innombrables incidents violents vécus par celleux qui luttent et se battent pour leur liberté de mouvement. C’est donc une image très partielle et limitée de la situation, laissant de côté les perspectives cruciales des personnes en déplacement (POM) et des sans-papiers (personnes sans documents reconnus comme « valides » par les agents frontaliers français).
De plus, le nombre de retours et d’incidents cités ici sont simplement des instantanés de la situation à la frontière – ils ne représentent ni le nombre de refoulements que nous observons lors d’une surveillance régulière à la frontière (actuellement environ 30 par jour), ni ne décrivent adéquatement tous les incidents violents que nous observons à cette frontière.
9 septembre
Certaines des 18 personnes qui ont été repoussées de la France vers l’Italie, ayant à marcher sur la route escarpée du poste de police de la PAF à 9 kilomètres de Vintimille, ont reçu des OQTFs (obligation de quitter le territoire français, une expulsion permanente du territoire français) qui ont été remplis de manière extrêmement désinvolte, comme si les policiers étaient dans une grande précipitation pour fabriquer des expulsions, en omettant des informations importantes sur ce document qui a un impact violent sur la liberté de mouvement des détenus.
10 septembre
Une fois de plus, le campement informel et précaire sous le pont est expulsé par la police lors d’une vaste opération. Après cette expulsion, l’armée ainsi que les carabiniers dans des fourgons anti-émeute sont positionnés sur le parking pendant des semaines après l’expulsion, empêchant les gens de dormir sur place. Dans les semaines suivantes, le petit endroit le plus caché où les gens en déplacement ou les personnes sans accès à un logement se cachent pour dormir est visité par l’armée italienne à Vintimille (comme par exemple un endroit sur la plage près de la rivière où l’armée était stationnée le 3 novembre).
24 septembre
Une personne qui a été détenue toute la nuit par la police française après avoir été arrêtée dans le train n’a pas eu accès à de la nourriture ou de l’eau dans la cellule de la police pendant 15 heures. Malheureusement, ce n’est qu’une des nombreuses expériences similaires de personnes repoussées par la PAF à Menton en Italie ce mois-ci. Le mois de septembre à la frontière voit également des rapports particulièrement fréquents de violence policière en garde à vue et un nombre élevé de mineur.es non accompagné.es se voyant légalement refuser l’entrée sur le territoire français. De plus, le nombre de personnes qui se sont vu refuser l’entrée en France après avoir vécu pendant de nombreuses années dans d’autres pays de l’UE augmente considérablement en septembre.
3 octobre
Un profilage racial flagrant a lieu à la gare de Vintimille. Une patrouille mixte de la police française et italienne vérifie les documents de toustes celleux qu’ils perçoivent comme n’étant pas blanc.hes.
13 octobre
Plus de 20 personnes sont refoulées de France vers l’Italie entre 10 et 12 heures du matin. Parmi elles, une femme qui est en retenue pendant 14 heures sans accès à la nourriture et à l’eau. La plupart des personnes qui ont été repoussées sont arrivées en Europe récemment par la route des Balkans ou en traversant la Méditerranée.
14 octobre
Alors qu’à la frontière supérieure trois personnes sont repoussées, à la frontière inférieure, la police française contrôle le trottoir le long de la mer menant à Menton du côté italien. Ces contrôles excluent les touristes par le biais du profilage de la pauvreté et se poursuivront au cours des prochains jours d’octobre.
16 octobre
Un groupe de touristes prend des selfies et fait des blagues amicales avec la police des frontières française au poste situé à la frontière supérieure. À quelques mètres sur la route en Italie, une femme regarde le poste de police italien maintenant vide pour son mari qui a été arrêté après un contrôle de police dans la rue à Menton ce matin (ses papiers avaient expiré ce jour-là). Lorsqu’elle l’a appelé à 17 heures, quelqu’un d’autre avait répondu à son téléphone et sa position actuelle est inconnue. Plus tard, la femme apprendra par téléphone que son mari a été repoussé à Vintimille et n’est désormais pas autorisé à retourner chez lui à Menton.
20 octobre
Au moins onze personnes sont repoussées de France en Italie le matin. Parmi elleux, il y a au moins deux mineur.es qui ont été enregistré.es comme ayant plus de dix-huit ans sur les documents que la police française leur a remis. Une autre personne a été arrêtée dans la nuit lors du contrôle d’un bus longue distance sur l’autoroute près de Nice et rapporte avoir été frappée par les policiers français au poste de police frontalière après s’être renseignée sur les raisons de son arrestation.
Début novembre
Les militaires français de l’opération Sentinelle sont maintenant stationnés à un nouvel endroit sur la montagne au-dessus de Menton près de la frontière. Ils ont été signalés pour empêcher les gens de prendre le chemin de montagne d’Italie à Menton bien qu’en tant que militaires, ils n’aient pas le droit de faire des arrestations ni d’amener des gens ailleurs.